Passer au contenu

/ Prix et distinctions

Je donne

Rechercher

Fariba Adelkhah

Directrice de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques à Paris

Fariba Adelkhah

En décernant un doctorat honorifique à Fariba Adelkhah, l’Université de Montréal souligne la carrière remarquable de cette anthropologue franco-iranienne et salue son combat pour la liberté de recherche des scientifiques.

Depuis plus de 35 ans, ses recherches en anthropologie sociale et en anthropologie politique explorent de manière inédite les terrains iranien et afghan. Fariba Adelkhah s’est particulièrement intéressée au rôle des femmes dans l’espace public des sociétés musulmanes. Ses travaux ont d’ailleurs joué un rôle déterminant dans l’élaboration de nouvelles approches du genre dans les contextes islamiques.

C’est en 1990 qu’elle a soutenu sa thèse de doctorat à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris. L’année suivante, sa thèse était publiée sous le titre La révolution sous le voile : femmes islamiques d’Iran et traduite dans plusieurs langues.

Fariba Adelkhah a réalisé plusieurs enquêtes ethnographiques consacrées aux pratiques populaires de l’action politique, très souvent dans des pays en guerre comme l’Iran, l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie. Elle est notamment allée à la rencontre de commerçants, de pèlerins, de chauffeurs de bus, de femmes au foyer et de mollahs.

La chercheuse pose son regard sur les interactions familiales, communautaires et professionnelles, dont elle analyse aussi la dimension politique. Dans son travail, elle fait appel à des disciplines connexes comme la science politique, la sociologie, l’histoire et l’économie politique pour mieux comprendre le lien entre le politique et l’intime, des univers qu’elle ne pense jamais de manière dissociée.

À la suite de l’arrestation en Iran de la doctorante Clotilde Reiss, en 2009, Fariba Adelkhah a écrit une lettre de protestation au président Mahmoud Ahmadinejad pour dénoncer l’amalgame que le régime fait entre recherche scientifique et espionnage.

En 2019, elle a été arrêtée, puis emprisonnée pendant quatre ans et demi par les autorités iraniennes, qui l’accusaient d’atteinte à la sécurité nationale et d’espionnage. Un an après son retour en France, Fariba Adelkhah a fait paraître Prisonnière à Téhéran (Seuil), une série de chroniques dans lesquelles elle revient sur ce lien entre l’intime et le politique à partir de son expérience de détenue.

Lors de son incarcération en Iran, l’Université de Montréal a organisé en collaboration avec son comité de soutien, qui l’a toujours décrite comme une prisonnière scientifique, une conférence dans la foulée de la Mission du recteur sur la liberté d’expression en contexte universitaire.

Alors que la défiance est croissante vis-à-vis des vérités scientifiques et des expertises toutes disciplines confondues, l’Université de Montréal réaffirme son engagement dans la défense de l’autonomie de la recherche scientifique et dans la protection de la liberté universitaire tout en saluant la carrière internationale prolifique de cette brillante anthropologue qui, de surcroît, a choisi de travailler en français dès son arrivée en France.